Islande. Aout 2009.

Au milieu de notre tour d'Islande, avec notre petite voiture citadine, nous parcourons l'est de l'île et ses fiord. Au milieu de l'après-midi, nous trouvons un point de vue beau à couper le souffle, avec des petits lacs, des rochers et au dessous de nos pieds, le fiord. Pour parvenir à cet endroit, desert de toute habitation et complétement sauvage (euphémisme quand on évoque ce pays), nous avions descendu un chemin de terre avec notre petite voiture. Un chemin un peu cabossé et assez pentu. Nous avons descendu longtemps pour atteindre cet endroit superbe. Nous decidons de nous arrêter car le chemin devient dangereux et si nous voulons le remonter, il vaut mieux nous assurer que cela soit encore praticable.

On marche, s'éloignant peu de la voiture mais suffisament pour ne plus la voir. Le paysage est grandiose. Il fait encore bon, nous laissons nos polaires dans le véhicule. La beauté du site nous plonge naturellement dans une contemplation silencieuse et solitaire. L'endroit sauvage le rend à quelques endroits dangeureux, mais nous n'hésitons pas à grimper pour atteindre des endroits enneigés. Je commence à avoir froid, je laisse mon compagnon de route et redescend pour rejoindre le chemin. Lui préfère rester sur cette hauteur. Il est bien. Arrivé en bas, il me reste encore un peu de marche pour atteindre la voiture et récupérer ma polaire. Je suis bien.

Quelques minutes plus tard, une légère brume remonte du fiord, le froid me saisit davantage. Et en quelques secondes à peine, c'est un brouillard épais qui enveloppe tout autour de moi. Je ne vois plus rien. Rien du tout. Le chemin a disparu et je ne vois pas au delà de mes pieds. Le froid pique. Je me dis que le brouillard va se lever, je tente quelques pas, mais bien vite je m'arrête car je ne vois rien et je sais que les abords du chemin sont par endroits dangereux. J'appelle mon ami. Ma voix ne porte pas il me semble, etouffé par le mur de nuage dans lequel je me trouve perdue. Je crie encore plus fort. Aucune réponse. Je suis seule, dans un silence si profond qu'il me donne presque le vertige. J'ai perdu tous mes repères au point que je ne sais plus quelle direction prendre. Je ne vois plus le chemin, je suis dans mon nuage, je suis perdue. Je ne pleux plus avancer. J'ai peur de prendre une mauvaise direction et de m'enfoncer plus. Je ne perçois plus le dénivelé, la notion du temps s'est envolée, j'ai froid. Je continue à crier le nom de mon ami, pas de réponse. Beaucoup de temps a du passer car je sens que la lumière du jour s'amenuise. Et Très vite, la nuit tombe.

Comment va mon ami? Pourquoi ne répond il pas, je ne me suis pas éloignée tant que ça de lui. En me souvenant des hauteurs à laquelle nous nous étions hissés, je me souviens aussi des trous et des petites creuvasses parsemés autour de nous.

Dans un état second de survie physique et morale, j'ai cessé de l'appelé. Je commence à prendre conscience que peut être mon ami s'est blessé, est insconscient quelque part, ou pire encore. Dans cet état second, je prends conscience calmement du bourbier dans lequel je me trouve. Je ne panique pas, je respire calmement et je me parle à haute voix. Je ne sais plus ce que je me raconte mais j'entends encore le son et le ton si particulier qui sort de ma bouche. Je ne le reconnais pas. Je suis une autre en cet instant. Je suis perdue, seule, dans cet endroit désert de l'est de l'Islande, et je me fais petit à petit à l'idée que mon ami est probablement inconscient quelque part et qu'il ne survivra pas au froid glaçant que cette nuit annonce. Je sanglote. Car je sais au fond de moi que je risque également de ne pas survivre à cette nuit. Mais je ne panique pas. Je me mets à remercier la vie, à parler à mes parents, à les prier de m'excuser pour la douleur qu'ils ressentiront de me savoir disparue. Mon état de conscience n'est plus le même. C'est donc de cette sensation là que l'on ressent quand on sait que la fin est proche? Je ne sens plus mes pieds, mes doigts, je suis transie de froid.

 Le brouillard a finit par se dissiper. La nuit est là. Depuis quelques temps, minutes? heures? j'avance en traînant les pieds par peur de tomber dans le vide. Je me félicite, je suis fière de moi, je ne pensais pas avoir tant de tenacité et de sang froid dans pareilles circonstances...